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© Photo : Laurence Piaget-Dubuis
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Relevé de vent catabatique
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Type : recherche
Maîtrise d’ouvrage : Matza Aletsch
Localisation : glacier d’Aletsch
Programme : recherche sur les territoires glaciaires
Année: 2016
Equipe: Valentin Kunik, Guillaume de Morsier

 

Le glacier, territoire dynamique
En rupture totale avec les espaces construits usuels de l’architecture, le glacier est un milieu hostile aux activités humaines. A l’instar des surfaces d’eau comme les lacs de Suisse, le glacier, en raison notamment des cycles de gel-dégel quotidiens, se déplace de plusieurs centimètres par jour. En outre, les flans des montages avoisinant se délitent et provoquent des éboulements réguliers de pierres et de rochers. Ce milieu apparait comme un champ de relations, caractérisé par les interactions entre les éléments qui le composent plus que par les éléments eux-mêmes. Ces interactions sont caractérisées en autre par des temporalités courtes, inhabituelles à l’homme sédentaire car le renvoyant à la réalité de la perpétuelle transformation géologique de notre environnement. Ici, tout est en mouvement.
Cette dynamique temporelle de mouvement est notre préoccupation de départ. L’architecture est mal équipée pour faire face à des phénomènes comme le changement et la mutation continuelle. Comment peut-elle les intégrer? Pour mieux les comprendre,  Nous avons choisi de rendre visible ces phénomènes actuellement invisibles.  Ainsi, sur place, une série d’instruments nous ont permis de mesurer ces dynamiques qui font le glacier. Des relevés photogrammétriques nous ont permis de visualiser les géométries propres du territoire glaciaire, des relevés sonores et hydrophoniques nous ont permis de comprendre les cycles temporels des transformations thermodynamiques internes, des relevés colorimétriques nous ont permis de déterminer les variations de teintes de la glace et des relevés météorologiques nous ont permis d’étudier les mouvements d’air à la surface du glacier.
A partir de ces relevés, nous avons développé une série d’installations sur le glacier relatives au temps, à l’espace et à la lumière, permettant de révéler certaines de ces transformations invisibles à l’œil nu.

Mouvements de sol
Des cycles temporels réguliers rythment la modification de la masse du glacier, le sol. L’eau s’y trouve dans ses états solides gazeux et liquide et le cycle jour-nuit par exemple impose des transformations thermodynamiques internes importantes. Des échanges continuels entre les trois phases de l’eau ont lieu. C’est d’abord par les bruits du glacier que nous avons eu des indices de ces changements de phases. Suite à l’écoute attentive d’une faille glaciaire, nous avons remarqué des récurrences dans les sons issus des mouvements de la faille. Tous les jours une rivière souterraine s’évacue à la même heure. Nous avons réalisé un forage pour la mettre à l’air libre. La pression de l’eau de cette rivière sous-terraine fait jaillir un Geyser. Il s’enclenche ainsi quotidiennement et naturellement à heure fixe et  permet de visualiser le rythme des mouvements des masses d’eau dans le sol.

Mouvements d’air
Sur les flancs du glacier, dès que le soleil apparaît, les enrochements se réchauffent. Des courants d’air latéraux ascendants sont alors créés. Afin de visualiser ce phénomène, nous avons fabriqué une sculpture légère utilisant le principe du ballon à air chaud. L’air emprisonné dans une membrane semi transparente se réchauffe plus vite que l’air libre, il se dilate et la sculpture s’envole. Ce « granit » en lévitation met en évidence un processus thermique de modification locale de l’air caractéristique des abords du glacier.
A l’inverse, le glacier représente une masse froide importante qui a également une influence sur les vents à sa surface. Sur une hauteur d’environ 20 mètres sur la surface du glacier, l’air se refroidi, devient plus dense que l’air aux abords, et un mouvement d’air descendant se crée.
A l’interface de ces deux forces de vents, l’une ascendantes et l’autre descendante, se trouve une zone de turbulence. Le Catabatic Wind Channel (en collaboration avec S.Guelpa) donne à voir la complexité des mouvements d’air dans cette zone et leur évolution au fil de la journée.

Mouvements de lumière
La couleur de la glace est en changement continu. En fonction de l’incidence du soleil, de l’intensité lumineuse, du temps et de la couleur du ciel, des variations de teinte apparaissent. Un prisme installé sur un rocher joue le rôle d’indicateur temporel. A un instant précis du jour, quand le soleil traverse le prisme, un arc-en-ciel intensifie localement les couleurs de la glace.
Les Sandkegel sont des cônes de glace recouverts de poussière de roche. La masse de glace est protégée par les sédiments schisteux qui se trouvent à sa surface. En nettoyant cette géométrie conique parfaite de ses sédiments, nous avons fabriqué un Cône de Lumière. Sous cette fine couche noire apparaît la glace, blanche et immaculée, comme une lanterne de lumière.

Architecture géographique
Le glacier est un territoire dynamique, un espace en mouvement. L’air, la lumière, la glace et la montagne ne sont jamais stables. Cette dynamique est tangible dans l’espace qui nous entoure, mais elle se fait également ressentir dans une zone d’environ 20 mètres en dessus et en dessous de nous qui doit être considérée de manière équivalente. En effet, notre sol, la glace ainsi que est autant en mouvement que notre environnement horizontal direct, que encore, notre environnement météorologique vertical. Evoluer et interagir avec le glacier, c’est considérer de manière équivalent ce qui se trouve autour de nous, au-dessous et au-dessus de nous.
Pour vivre dans ce territoire dynamique, l’architecture doit inventer des solutions en réponse au contexte. Les énergies en place sont plus grandes que ce que l’être humain peut développer et nous n’avons pas d’autre choix que de nous adapter à cet existant. Dans le champ des relations existantes entre les éléments du glacier, l’architecture amène alors une nouvelle couche de connexion des éléments entre eux. C’est cette dynamique propre au glacier qui devient alors le point de départ d’une architecture spécifique qui existe par son environnement direct et prend part de manière active aux relations préexistante.

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